Un entraîneur sénégalais au Stade Rochelais: l'oeil des Requins

Biram Kébé entraîne une équipe de Dakar. Il s'inspire du club de rugby maritime



Assis dans les tribunes vides du stade Marcel-Deflandre, Biram Kébé prend des notes. Tel un élève consciencieux, il reporte sur son cahier chaque fait et geste des rugbymen rochelais, qui s'entraînent sous ses yeux. Cet inspecteur divisionnaire de police en retraite n'est pas un espion. Du moins il ne se cache pas. Les joueurs et les dirigeants du Stade Rochelais ont pris l'habitude de voir revenir, tous les deux ou trois ans, cette longue silhouette qui vient les observer depuis le bord du terrain.

Biram Kébé est venu à La Rochelle pour la première fois en 1999, à l'invitation de Cité Jeunes, une association rochelaise qui organise des échanges entre la Charente-Maritime et le Sénégal. Ancien ailier des Buffalos et des Caïmans, à Dakar, devenu ensuite entraîneur, il s'est pris de passion pour le club des jaune et noir. Il y a deux ans, lorsqu'il a participé à la création d'un nouveau club dans la capitale sénégalaise, dans le quartier Sicap Liberté 4, il a été jusqu'à adopter les couleurs du Stade Rochelais.

Un supporteur africain

« C'est Jean-Pierre Elissalde qui m'a accueilli le premier. À l'époque, il y avait son fils [Jean-Baptiste] qui jouait encore ici. J'ai gardé des contacts avec des gens du club, comme Franck Brunet, Nicolas Djebaïli, Gérard Billé [l'intendant de l'équipe]. Je viens à La Rochelle quand j'en ai l'opportunité, grâce à Yann Thomas, le responsable de Cité-Jeunes. Mon but est d'apprendre et de ramener à Dakar des connaissances techniques et rugbystiques. Je récupère aussi du matériel : ballons, maillots, chaussures. » Depuis son premier passage à La Rochelle, même à des milliers de kilomètres, ce supporteur africain suit attentivement le parcours du Stade Rochelais.

« Je suis les résultats sur Internet. Je regarde aussi les matches à la télévision quand ils sont retransmis », souligne l'entraîneur des Requins de Dakar.

Au Sénégal, chaque équipe de rugby a un surnom qui en dit long sur sa philosophie : les Guépards, les Caïmans, les Buffalos, les Charognards de la Ba 160, les S'en fout du score... Biram Kébé, lui, a choisi le Requin, comme celui qui figurait, il y a deux ans, sur le maillot des Rochelais. « Il fait penser à l'Aquarium de La Rochelle », sourit-il.

Le club des Requins, troisième du championnat national de première division, compte une école de rugby et un centre de formation. L'entraîneur et le président, Me Guedel N'Diaye, rêvent d'accueillir un jour le Stade Rochelais sur leur terrain.

Dix clubs à Dakar

« Ça me ferait plaisir de le voir jouer un match chez nous. Au Sénégal, on aime le football et la lutte, mais on aime aussi le rugby. Depuis la dernière Coupe du monde en France, c'est une discipline émergente. Aujourd'hui, Dakar compte 10 clubs et 24 écoles de rugby », explique Biram Kébé, par ailleurs membre de l'encadrement technique de l'équipe nationale.

Si un stage du Stade Rochelais n'est pas encore à l'ordre du jour, l'entraîneur sénégalais en profite au moins pour nouer des contacts, chercher des joueurs d'origine sénégalaise dans les clubs français qui pourraient enrichir la sélection nationale.

« Ça m'intéresse car j'irai au Sénégal en vacances cet été. J'irai lui rendre visite », annonce le jeune demi de mêlée rochelais Damien Neveu.

Frédéric Zabalza - Sud-Ouest (Charente Maritime) du 12 mars 2009

Jeudi 12 Mars 2009



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